Histoire du tricot

Les pièces les plus anciennes retrouvées semblent dater du 3ème ou 4ème siècle. On a retrouvé plus rarement des aiguilles à tricot en os ou en bronze dans des tombes de la même époque et même antérieure. Des bas-reliefs égyptiens présentent des divinités portant des robes en tricot.

Globalement, il est admis que la technique du tricot fut répandue dans le monde arabe au plus tard dans le courant du 10ème siècle, peut-être avant. Le tricot a pu être introduit en Europe, soit lors des invasions arabes du 8ème siècle (Espagne, France) ou pendant la présence Islamique en Espagne jusqu’au 15ème siècle. Il est aussi probable que les croisés l’aient ramené en Europe dès le 11ème siècle. Quoiqu’il en soit, le présence du tricot en France et en Europe médiévale n’est pas contestable.

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Madonne au tricot par Bertram de Minden – 14ème siècle.

A la fin du 18ème siècle, il semble que la Reine Marie-Antoinette s’adonnait volontiers au tricot : ce fut aussi le cas d’un de ses illustres contemporains, le Roi Frédéric II de Prusse !

Au 19ème siècle, les gravures de mode présentes dans les journaux de mode présentent nombre de modèles en tricot avec explications de confection. Au début du 20ème siècle, le tricot est dans toutes les familles, par nécessité pour les plus modestes, ou par distraction dans les familles bourgeoises aisées. Pendant la 1ère guerre mondiale, toutes les femmes tricotent cache-nez, chaussettes, gants ou bonnets pour les soldats du front.

Vers 1920-1930, les process de l’industrie textile gagnent peu à peu du terrain sur le tricot à la main. . .jusqu’à nos jours.

Source : Naturafil

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Paire de chaussettes de laine (nålbinding), vers 300-500, Égypte, Victoria & Albert Museum Londres Séparant les orteils, elles devaient être portées avec des sandales.

Chaussette viking (nålbinding) des fouilles de Coppergate, York Archeological Truste, York [en viking : Jorvik]

En effet, les trouvailles archéologiques les plus anciennes auraient été faussement considérées comme du tricot, alors qu’elles sont réalisées en nålbinding. Ce nom viking désigne un tissu structuré en spirale, dont l’élasticité ou la rigidité dépend du point et de la largeur du matériel utilisé. La technique du nålbinding est pratiquée par les Romains, les Égyptiens et divers peuples des pays d’Europe du Nord et de l’Est aux environs du IVe siècle. Certains historiens du textile le considèrent comme l’ancêtre du crochet et du tricot. [En anglais, il est traduit par : knotless netting, needle looping ou encore single needle knitting]. Cette technique permet la formation de boucles entrelacées, le plus souvent torses, à l’aide d’une aiguille à chas et d’un fil ; en général, le travail est circulaire.

La naissance du tricot

Comme la technique du tissage s’est développée sur le modèle de la vannerie et du tressage, le tricot prend modèle de la maille des filets, connue au moins vers 1500 avant notre ère. On parle alors de technique sprang – qui permet de fabriquer une sorte de filet avec des fils tendus sur un cadre à tisser rudimentaire et torsadés entre eux ; le chaînon exécuté d’un fil continu passe verticalement alors que dans la technique du tricot il est horizontal. Les historiens ont aussi confondu son résultat avec la dentelle résille ou le tricot. Selon l’historienne Irena Turnau, on suppose que la technique de transition entre la technique sprang et le tricot est la fabrication de textiles sur châssis pratiquée par les nomades de l’Afrique du Nord. Une des sectes coptes transforme ces châssis en aiguilles mobiles. Plus tard on découvre le même processus au Pérou. Il faut en effet trouver une solution et entrecroiser les techniques pour réaliser certains articles, par exemple pour protéger les doigts du froid.

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Chaussette XIIe siècle, probablement trouvée à Fustat, Egypte Textile Museum, Washington
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Chaussette d’enfant, période musulmane incertaine entre XIe et XVe siècles, probablement trouvée à Fustat, Égypte, Textile Museum, Washington.

Pour certains historiens, les plus anciens vestiges de pièces de tricot, au sens propre du terme – c’est-à-dire le résultat d’un même fil enroulé sur lui-même en boucles, appelées mailles, à l’aide de plusieurs aiguilles et qui donne un tissu extensible – se composent de chaussettes, ou plus exactement de fragments de chaussettes coptes trouvées en Égypte, entre le XIe et le XIIIe siècles. Ce sont des pièces fines, le plus souvent dans des tons de coton blanc et indigo, peut-être « tricotées » à l’aide de plusieurs aiguilles, peut-être à l’aide d’une aiguille et des doigts de la main gauche, il est en effet difficile de savoir si elles ont été réalisés à plat ou en rond. Selon Irena Turnau, on ne peut pas affirmer qu’elles ont été tricotées sur plusieurs aiguilles, le même résultat pouvant être obtenu au moyen du nålbinding. Il faudrait une trouvaille archéologique associant articles tricotés et aiguilles pour le prouver.

Si c’est du tricot, vu la qualité du travail réalisé, la variété et la complexité des motifs décoratifs, on se dit que la technique pourrait être en effet plus ancienne, vraisemblablement aux premiers siècles de notre ère. La provenance exacte et la difficulté de datation de ces chaussettes à un ou deux siècles près, comme d’ailleurs tout ce qui concerne l’art copte est le fait du manque de rigueur des fouilles archéologiques à l’origine de leur découverte.

Le tricot se diffuse en Europe

La technique du tricot, due donc probablement aux Coptes, gagne les pays du monde islamique via les conquêtes des Arabes : la Syrie en 632, Jérusalem en 635 – ce qui va provoquer les Croisades, l’Égypte en 640, le Maghreb en 647 ; ils montent ensuite vers le Portugal et l’Espagne en 711, la Sicile en 720, la France où comme chacun sait ils sont arrêtés à Poitiers en 732, les Maures restent en Espagne jusqu’en 1492.

Gant Liturgique 1
Gants liturgiques épiscopaux dits de Saint Rémy, en soie blanche tricotée ; ils comportent une plaque circulaire d’argent ciselé et doré cousue en son centre, abbaye basilique Saint-Sernin sur Culture.fr
Gant Liturgique
Gant liturgique, en soie, or et cuir, cathédrale de Rodez, XVIe siècle – début XVIIe, photographie Musée Fenaille – Société des lettres, sciences et arts de l’Aveyron sur Musées de Midi-Pyrénées

Gant Episcopaux Pt
Paire de gants liturgiques épiscopaux, en soie et bande d’argent, tricotés main, Espagne, XVIe siècle, Victoria & Albert Museum, Londres

On admet qu’au Xe siècle, le tricot s’est répandu dans toute l’Europe. Toujours selon Irène Turnau, l’unification culturelle des pays chrétiens va participer à sa diffusion dans les pays européens. Religieuses et artisans tricotent pour les églises. Le développement du tricot est accéléré par des prescriptions liturgiques qui apparaissent en 785. Elles imposent aux évêques et prêtres de porter, pendant la consécration du pain et du vin pendant la messe, des gants non cousus, bien ajustés aux doigts. Ils sont d’abord tricotés en soie naturelle ou blanche, puis colorée, souvent en rouge, jamais en noir. Les premières mentions de gants liturgiques spécifiques datent du Xe siècle ; les plus anciens qui nous sont parvenus en France sont conservés à la basilique Saint-Sernin à Toulouse, ils datent du XIIIe siècle et témoignent du haut niveau technique de tricotage à la main de l’artisan bonnetier qui les a réalisés.

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Chausses et souliers dits de Saint Germain, abbé de Moutiers-Grandval, près de Délémont (Suisse), photo Musée jurassien, Délémont, dans Histoire du Costume de François Boucher p. 159.

Ces gants liturgiques sont conservés dans les trésors des églises et des cathédrales du bas Moyen Âge, ils sont mentionnés dans les textes dès le IXe siècle. On y trouve aussi de nombreuses bourses et petits sacs tricotés en rond et en jacquard avec des fils de soie pour déplacer et accueillir les reliques de saints. En Suisse sont conservés des bas et jambières tricotés entre le VIIe et le IXe siècle.